Les relations entre la Savoie et Lyon

         Résumé des notes prises au cours de la conférence donnée  à la Savoisienne Philanthropique  par le Professeur Bernard Demotz, le 23 avril 2009.

Préambule : les relations au cours des âges sont dictées par le contexte physique, politique et économique du moment.

 1-      Les courants de circulation  (terrestres et fluviaux)

La Savoie est traversée par les grandes voies qui relient l'Italie  à Lyon et à la France, qu'elles passent par le col de Petit Saint Bernard ou celui du Mont Cenis.
Déjà du temps des Gaulois et des Romains, il y avait du trafic sur le haut Rhône. La circulation s'est amplifiée au  Moyen Age et jusqu'à l'arrivée du chemin de fer. Le point de départ était  Seyssel et l'arrivée à Lyon  se faisait au port des Cordeliers. Certains convois pouvaient continuer pour aller jusqu'à Avignon.

Les Savoyards amenaient à Lyon toutes sortes de marchandises : des pierres  de construction venant des carrières exploitées en amont de Seyssel, du bois (sous forme de radeaux), du charbon de bois, des bestiaux, du cuir, du fromage, du vin, des pommes…. Ils remportaient des tissus, des produits manufacturés et surtout du sel en provenance de Aigues Mortes ou de l'étang de Berre.…
Dans les meilleures conditions, le trajet Seyssel-Lyon pouvait se faire en une journée. Evidemment dans le sens du retour, la durée du trajet était bien plus longue.
Au Moyen Age, les barques étaient, le plus souvent, tirées par la force de nombreux mariniers,  puis on utilisa des bœufs ou des chevaux et ce n'est qu'au 19ème siècle que sont apparus les moteurs. La circulation était arrêtée en cas de hautes eaux et aussi en cas d'eaux insuffisantes.
Lors des fêtes qui marquèrent la promotion d'Amédée VIII  comme "duc de l'empire"  à Chambéry le 19 février 1416, l'empereur germanique, Sigismond 1er, vint en  bateau depuis Lyon.


2-     La politique de la Maison de Savoie  (de 1025 à 1601)
Lyon est la porte occidentale de la Savoie. Déjà Humbert 1er avait développé des contacts avec le chapitre de Lyon. Son fils, Burchard, fut archevêque de Lyon. Dès le 12ème siècle, les comtes ont la souveraineté du Velin, de l'aéroport actuel Saint-Exupéry à St Symphorien d'Ozon et jusqu'au Rhône mais à l'exception de la rive gauche actuelle de la ville de Lyon que les comtes disputaient à l'archevêque (notamment depuis le rachat des droits du comte de Chandieu). .

De 1245 à 1267, Philippe, frère du comte Amédée V, est archevêque de Lyon. Il en profite pour créer un véritable parti savoyard à Lyon et crée la Maison de Savoie au cloître St Jean.
A la même période, on constate qu'il y a des abbesses savoyardes au monastère Saint Pierre sans discontinuer de 1243 à 1291.

Amédée V parvient à être "le protecteur de Lyon" de 1286 à 1289. On ne sait pas exactement pourquoi il s'effaça devant le roi de France, sans doute pour obtenir son aide pour résister à l'empereur Rodolphe d'Habsbourg qui menaçait ses possessions au nord du Léman. On constate également qu'il n'a pas aidé l'archevêque, son cousin Pierre de Savoie, à résister  au roi de France. Ce dernier avait envoyé contre lui une armée conduite par son fils, le futur Louis X le Hutin.. Elle avait pénétré par surprise dans la ville en arrivant par bateau sur la Saône.


Par le traité de 1355, qui met fin aux guerres contre le Dauphiné, le comte de Savoie doit céder au roi de France toutes ses possessions situées sur la rive gauche du Rhône mais en contre partie, il reçoit  le Faucigny et les possessions dauphinoises situées sur la rive droite du Rhône  (la Valbonne, Montluel…).  Par la même occasion, le duc Amédée VI épouse Bonne de Bourbon,  nièce du roi de France.

Mais les ducs s'intéressent toujours à Lyon. En 1407, Amédée VIII cède l'hôtel de Savoie à l'ordre des Célestins. Il finance la construction de l'église, dans laquelle on déposera plus tard le cœur du duc  Louis.
 
Dans les années 1420-1430, Amédée VIII conduit une  politique rhodanienne en s'intéressant, notamment, au Valentinois, qui ne faisait pas partie du Dauphiné.
Après Amédée VIII, la Savoie connaît  une série de ducs faibles alors que le contexte est difficile, il s'en suit un déclin. En revanche, les comtes de Genève deviennent plus importants, si bien que François 1er les fait duc de Nemours.

 3-      L'émigration des Savoyards vers Lyon

Elle commence vers les années 1300 et s'accélère aux 17 et 18èmes siècles. Les causes en étaient multiples :

     -         les dégâts causés par les guerres
-         les dégâts climatiques (froid, inondations..)
-         la période révolutionnaire, surtout au début
-         exode rural, surtout dans les années 1830-1860 : vers les villes savoyardes mais aussi vers Lyon et Paris
-         par ailleurs, jusqu'à une époque très récente, les jeunes savoyards allaient étudier à Lyon  (depuis, ils vont à Grenoble et à l'université de Savoie créée  récemment).

Naturellement, les Savoyards s'installèrent à Lyon près de leur lieu d'arrivée : dans le quartier des Cordeliers et de l'hôtel de Ville où ils finirent par représenterà certains moments, la moitié de la population.

4-     
Les lieux de Lyon marqués par les Savoyards
-         St Jean : abside des chanoines, chapelle de l'annonciade  (fin du 15ème, 1ère latérale gauche de l'horloge), première maison de Savoie  (angle rue de la Bombarde- rue des Estrées)
-         Les Célestins : rue de Savoie, rue du port du Temple desservant l'hôtel de Savoie.
-         Saint Bonaventure : chapelle des Bateliers (3ème travée de l'actuelle chapelle de la Vierge)
-   Et, mais accessoirement : Ile Barbe (rapports avec les abbés), Façade de l'abbaye St Pierre (entrée du convent, passage des abbesses et des moniales), emplacement de la Visitation  de la rue Sainte-Hélène où est mort François de Sales en 1622, emplacement du château de Pierre Scize, où vivait l'archevêque  (notamment Pierre de Savoie), l'hôtel de Gadagne où vécurent les Delbènes.

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